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«Les retrouvailles avec mon pays natal 
restent émotionnelles»

INTERVIEW (par Elke Mussche)
Francois

L’histoire de François Gacas (60) se déroule dans deux pays, au Rwanda et en Belgique.
Dans ses veines coule du sang grec et rwandais. Jusqu'à l’âge de onze ans, il réside
dans des orphelinats, d'abord au Rwanda ensuite en Belgique. Il trouve enfin sa
destination dans une famille à Veurne, mais  ne perdra jamais le lien avec son pays natal.
Il participe activement au fonctionnement d'une a.s.b.l., ‘Vleugels van Hoop vzw’
(Ailes d'Espoir)et essaye de voyager vers le Rwanda autant que possible avec
les collaborateurs de l'a.s.b.l., afin de visiter  les projets qu’ils y soutiennent et
aussi pour redécouvrir sa terre natale. Pourtant il n'en a pas toujours  été ainsi.  
Durant longtemps il avait une relation amour-haine avec le Rwanda.

Du Rwanda en Belgique

D’où viens ton sang grec ? Les Belges n’avaient pas le dernier
mot au Rwanda ?

Oui, mais il y a avait beaucoup de nationalités, aussi des Portugais et
des Grecs qui ont essayé de faire du commerce. Mon père (Grec) est
venu au Rwanda pour gagner beaucoup d'argent. Arrivé sans rien il a réussi a lancer  une chaîne de magasins. Il ne faut pas comparer cela
avec les magasins grande surface ici, mais c’était impressionnant selon
les normes africaines. Il avait déjà des filles chez différentes femmes rwandaises, et j'étais son premier fils. Je porte aussi son nom, Gacas, mais il ne m’a jamais reconnu officiellement.
Autrement je serais probablement riche maintenant  (rit) !

Comment t’es tu retrouvé  dans un orphelinat  ?
Ta mère ne s'occupait  t’elle pas de toi ?

Bien sur, mais j'étais enfant bâtard, un parmi beaucoup d’autres, non souhaités aussi bien  auprès de la population noire qu’auprès des blancs. On a  toujours voulu cacher notre présence, car nous  étions la preuve des faux pas du colonisateur blanc  et des commerçants de partout dans le monde. Ma mère a dû me céder. J'ai atterri dans un orphelinat à Byimana (entre mon lieu de naissance Kavuma Nyanza et la capitale Kigali).

Tu as atterri en Belgique !  De quelle façon ?

Une sœur de l'orphelinat (Save) s'est occupée de cela. Selon elle il était préférable  que nous étions en Belgique avant l'indépendance du Rwanda, pour pouvoir vivre dans de meilleures circonstances. Elle a dû exercer de l’influence, car en Belgique ils ne sautaient pas après notre arrivée. Mais elle disposait d'information très sensible : beaucoup d'enfants avaient un père Belge. On n’a pas voulu étaler  quelque chose de ce genre  publiquement . C’est entre autre pour cette raison que la Belgique a ouvert ces portes pour nous.

Te rappelles-tu encore quelque chose de ce voyage  ?

Que nous sommes arrivés ici pieds nus ! Nous n'avions  jamais porté des chaussures ! Au début, c’était vraiment difficile. Plus tard, j'ai fait de l'athlétisme et sur la piste j’ai couru pieds nus jusqu’à la vieille de mon service militaire.

De personne, ils n'ont su la date de naissance exacte, un registre des naissances n’était guère suivi au Rwanda. Alors ici, ils ont estimé notre âge. Pour moi c’était, 13 ans, donc selon ma carte d'identité je suis né en 1947. J'ai d'abord atterri dans l’ orphelinat villa Mireille à la mer (Nieuwpoort),  j’y suis resté un mois. Après je suis arrivé à villa Bambino (Schoten). Le dimanche, des couples venaient en visite afin de recueillir  un enfant au sein de leur famille. Un jour, un couple  de Steenkerke s’est  intéressé a moi. A Noël, en visite chez eux, j’avais le choix :  si je les appelaient   maman et  papa, je pouvais  rester chez eux. Je ne suis jamais plus retourné à l'orphelinat. J'ai pu étudier et je serais toujours  reconnaissant. Ils ont bien rempli leur tâche.

Retour au racines

Quand as-tu voulu reprendre contact avec tes racines rwandaises ?

En 1980, à la naissance de notre premier fils Jan. A la maternité, les parents de ma femme Bernadette se trouvaient  au berceau, je me rendait compte que mes véritables parents ne verraient jamais cet enfant. Le soir, seul à la maison, j'ai été accablé d’émotions. Le cœur rempli de remords de n’avoir jamais été à la recherche. Ce fut le début de mes recherches, malheureusement sans résultat.

Lorsque notre deuxième fils Axel est né tout s’est activé. A la télé, nous avons vu des émissions dans lesquelles se trouvait, dans le générique, le nom d’un  cameraman Georges.  Ce nom…  avec son demi frère Paul, j'étais à l'orphelinat au Rwanda. Nous avions  un point de départ. Bernadette me conseilla de vérifier l’annuaire de téléphone du début a la fin, a la recherche de leur adresse. Nous leur avons envoyé la carte de naissance d'Axel et a peine 15 jours plus tard nous nous sommes rencontrés.

L’histoire s’arrête t’elle après les retrouvailles de ton ami Paul ? As tu revu encore des gens de ton enfance rwandaise ?

Cela s’est passé d’une manière  étrange. A la radio, une certaine Mme V. ayant adopté une fille rwandaise, a lancé un appel pour une réunion à l’attention des enfants métisses arrivés en Belgique dans le début des années '60.  Moi-même n'ayant pas entendu le message, un de mes collègues de travail me le raconta. Nous y sommes allé et ce fût une véritable fête pour tout le monde.

Tu as  reconnus des gens de ta vie en Afrique ?

Oui, des amis (Byimana) et amies (Save) avec qui j'ai grandi dans l'orphelinat. Ce qui était bizarre c’est que plus personne ne parlait le rwandais. Nous avions été dispersés, au 4 coins du pays. L’un  parlait le dialecte du  Limbourg, d’autres venant du fin fond des Flandres, il y en avait aussi de la Wallonie. A l'orphelinat, nous avons tous parlé  le rwandais et le français, mais lorsqu’on ne  parle jamais plus une langue, on fini par oublier.  Je connais à peine encore  quelques mots de rwandais.

Tu racontes qu’après la naissance de ton fils tu as commencé les recherches afin de retrouver  ta mère, mais sans résultat. L'as-tu retrouvée finalement ?

A l’une des fêtes des métisses un homme est venu vers moi, Jef D.,  en me demandant si j’avais déjà retrouvé ma mère.  Paul ainsi que  son demi-frère avaient déjà trouvé leur maman. Ils avaient déjà été une première fois au Rwanda.  Jef D. m’a dit : « Si ta mère vit encore, je la retrouverai. »

Quelle lien  avait Jef D. avec le Rwanda ?

Il a eu une usine à Kigali et a connu  beaucoup de gens. (va s’asseoir sur le bout de son siège)
Je me rappellerai toujours : 7 décembre 1988, le téléphone sonne à 6 heures du matin. L’idée me vient : quel idiot me réveille si tôt le matin?  C’était Jef, à Kigali. Une femme à côté de lui, avait  des données a mon sujet moi. Et Jef me demande si j'ai des cicatrices au dessus de mon genou gauche, sur ma cheville gauche,  la cicatrice d’une morsure de chien dans mon mollet droit et d’une tique dans mon épaule et aussi derrière mon oreille gauche.  En effet.  Ma mère était  là à côté de lui. C'était tellement incroyable … (il s’agrippe à son siège et reste muet).

A ce moment-là nous avons commencer à épargner, pour pouvoir aller l'été prochain, en 1989, avec nos garçons vers le Rwanda. Les retrouvailles, remplies d’émotions, instinctivement, dans le groupe de plus de 50 femmes,   j'ai marché directement vers ma mère … après 30 ans. C'a a été particulièrement émotionnel. En 1992, nous sommes retournés, mais au cours de cette  même année malheureusement elle est morte. Au cours de mes voyages, par des intermédiaires j’ai eu des détails concernant mon père. J'ai même vu sa photo dans un restaurant où il venait souvent jadis. Il est décédé, il était beaucoup plus vieux que ma mère.

vzw Vleugels van Hoop (ailes de l'Espoir)

Ton retour vers le Rwanda a-t-il changé quelque chose pour toi ?

Oui le désir a surgi, à ce moment-là pour faire quelque chose avec mon passé. Déjà à la fête des métisses l’idée avait  été évoquée. Nous étions tous adulte, heureux, avec un bon job …Pourquoi ne rien faire en faveur de notre pays natal ?  Au début, pour moi il y avait une relation amour-haine. C’était comme si mon pays, le Rwanda, m’avait abandonné. Ce fut donc un processus lent.
Avec un petit groupe d'amis, nous avons crée vzw « Vleugels van Hoop » (ailes de l'espoir). Nous avons commencé  à très petite échelle.  Tous ensemble nous avons « tiré à la charrette » et l’engagement de chacun n’en est pas moins.

De quoi s'occupe votre a.s.b.l. ?

Vleugels van Hoop vzw soutient le développement des gens dans le territoire des grands lacs en Afrique centrale.  De loin la meilleure manière pour faire ceci est en donnant de l'aide financière directe aux projets. À cause de cela les projets sont non seulement réalisés de la façon la plus efficace, mais l'économie locale est aussi stimulée et aide  les gens eux-mêmes à mettre la main à la pâte. À terme, nous recherchons un soutien qui servira de semence pour la population des grands lacs afin d’aboutir à une jolie récolte.

Comment allez-vous vous y prendre ?

Notre groupe clé compte 8 personnes. Avec nos partenaires respectifs et différents volontaires, nous pouvons compter sur beaucoup de mains bénévoles. Nous recherchons des sponsors, vendons des cartes porte à porte, nous organisons des fêtes et des actions, frappons auprès des municipalités,  de la province,….
En 2007, nous avons lancé l’action «devenez une aile d'espoir». En devenant aile-membre et en soutenant mensuellement vous vous engagez à aider les gens à  long terme au lieu d’une contribution unique. La garantie de moyens financiers fixes admet en effet de mieux prévoir les projets. Aussi nous pouvons mettre des projets  plus grands en marche sans  peur de devoir les arrêter de manière précoce  à défaut de budget.

Et vzw Vleugels van Hoop à l’avenir ?

Depuis le départ différents projets sont prévus.
Pour Twese Hamwe à Kigali différentes formations sont en cours. Il y a également un projet de canalisation d’eau de pluie. A l'école primaire de Munyianya, un projet de captage d’eau pluviale.
Au Burundi à Mabayi il y a le projet  «coupe couture », ….
Nous espérons que cette liste deviendra de plus en plus longue !

Nos « ailes » forment  le soutien permanent, mais cela ne suffit pas pour tout réaliser. Il reste beaucoup a faire pour soutenir notre organisation. Ainsi nous allons organiser une grande fête d’été le 16 août prochain dans notre village… et j'espère que le public  présent formera « une marée humaine ».  Encore beaucoup de travail  donc !
Mais d'abord je pars pour trois semaines : une visite de travail, une visite de famille au Burundi, une courte tournée et un peu de vacances au Rwanda.

Les  retrouvailles avec mon pays restent émotionnelles.
Je vais peut-être y hiverner un jour. Certains de mes amis d’enfance le font, pourquoi pas moi ?

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